Des gains réels, mais moins rapides depuis 2019
Les seniors vivent de plus en plus longtemps en bonne santé, mais cette évolution marque le pas depuis quelques années. Tel est l’un des principaux enseignements de l’étude publiée fin janvier par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Chaque année, l’organisme mesure l’espérance de vie sans incapacité, c’est-à-dire le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans être limitée par un problème de santé dans les actes de la vie quotidienne.
Ainsi, en 2024, les femmes âgées de 65 ans pouvaient espérer vivre encore 11,8 ans sans incapacité, et les hommes 10,5 ans. Depuis 2008, cet indicateur a augmenté d’un an et neuf mois pour les deux sexes, ce qui représente en moyenne 1,3 mois supplémentaire par an. Toutefois, l’essentiel de cette hausse a eu lieu entre 2008 et 2019. Depuis, la tendance connaît un net ralentissement : entre 2019 et 2024, le gain n’a été que de quatre mois pour les femmes et d’un mois pour les hommes.
11,8 ans et 10,5 ans : c’est le nombre d’années qu’une femme et un homme de 65 ans peuvent espérer vivre sans incapacité.
Des années supplémentaires vécues en meilleure santé
Sur le long terme, la progression reste néanmoins significative. Parmi les années restant à vivre à 65 ans, la part de celles vécues sans incapacité s’est accrue : elle est passée, entre 2008 et 2024, de 45 % à 50 % pour les femmes et de 48 % à 53 % pour les hommes. En d’autres termes, les années gagnées sont davantage vécues en bonne santé qu’auparavant.
Trois facteurs peuvent avoir contribué à cette évolution. On observe tout d’abord un recul de l’âge à partir duquel apparaissent les maladies chroniques liées au vieillissement. D’autre part, l’amélioration de la prise en charge de ces pathologies en atténue les effets, qui n’affectent parfois les personnes que de façon temporaire. Enfin, les seniors évoluent aujourd’hui dans un environnement plus adapté — aménagement du logement, aides à domicile… — qui réduit le caractère invalidant de certains problèmes de santé.
Un écart entre hommes et femmes qui se resserre
L’espérance de vie sans incapacité peut aussi être calculée à la naissance. Elle intègre alors les limitations survenant dès l’enfance ou durant la vie active, et couvre l’ensemble de la population — contrairement à celle mesurée à 65 ans, qui ne concerne, par définition, que les personnes ayant atteint cet âge. Ainsi, à la naissance, les femmes peuvent espérer vivre 85,8 ans, contre 80,2 ans pour les hommes — soit un écart de cinq ans et sept mois. Mais leur espérance de vie en bonne santé est presque équivalente : 64,1 ans, contre 63,7 ans pour les hommes, soit seulement cinq mois d’écart.
64,1 ans et 63,7 ans : c’est le nombre d’années qu’une femme et un homme, dès la naissance, peuvent espérer vivre sans incapacité.
Cette situation s’explique par la nature des pathologies qui affectent différemment les deux sexes : les femmes vivent plus fréquemment avec des maladies invalidantes, mais peu mortelles (troubles musculosquelettiques, troubles anxieux et dépressifs…), tandis que les hommes sont davantage touchés par des pathologies chroniques plus létales (maladies cardiovasculaires, cancers…) dont ils décèdent plus tôt, souvent avant d’entrer dans une longue période d’incapacité.
Une espérance de vie sans incapacité au-dessus de la moyenne européenne
Malgré ce tassement récent, la France demeure, en 2023, parmi les pays les mieux classés de l’Union européenne (UE) en matière d’espérance de vie sans incapacité à 65 ans. Elle occupe ainsi le 3e rang pour les femmes, avec un niveau supérieur de deux ans et cinq mois à la moyenne européenne. Pour les hommes, elle se situe au 7e rang, dépassant la moyenne de l’UE d’un an et quatre mois.
Le positionnement est un peu moins favorable lorsque l’on considère l’espérance de vie sans incapacité à la naissance. La France demeure toutefois au-dessus de la moyenne européenne — de dix mois pour les femmes et de huit mois pour les hommes —, se classant respectivement aux 9e et 11e rangs.
